Les enfants et Charlie hebdo : bilan plein d'espoir

16.1.15

Le blog est resté muet ces derniers jours devant l'indicible, pas envie de parler de choses légères mais simplement envie de m'engager un peu plus encore que d'habitude dans la vraie vie, celle où je ne suis pas Gabulle mais Valérie. 

Pour une fois, je sors un peu de mon anonymat pour vous parler de ma vie derrière l'écran et pour faire le contrepoids face aux messages préoccupants véhiculés par les médias. Je suis enseignante, j'ai pas mal bourlingué, j'ai enseigné à toutes sortes d'élèves de la 6e au BTS, des enfants vivant dans les cités, des enfants vivant dans des centre ville ou dans des bourgades huppées, des immigrés arrivés par bateau et trichant sur leur âge pour passer pour mineur et sortir d'un pays en guerre... J'ai également une spécialisation, je l'ai passée il y a peu pour pouvoir au mieux inclure dans mes classes des élèves en situation de handicap. J'ai d'ailleurs également enseigné un peu à l'hôpital et j'accueille aujourd'hui dans une de mes classes une élève aveugle (et épatante !).

Cette année, je travaille dans un collège avec des élèves de la 6e à la 3e. Cette semaine, j'ai recueilli la parole, j'ai laissé mes élèves s'exprimer, débattre... Et j'avais envie de parler aujourd'hui pour dire que les enfants sont incroyables. Il y a eu beaucoup de réactions d'enseignants mal à l'aise avec des élèves trouvant que ce qui s'était passé à Charlie Hebdo était normal, cela a été beaucoup relayé par la presse.

Pour ma part, je tiens à dire que les plus grands qu'ils s'appellent Mohammed, David ou Martin ont réagi avec beaucoup de maturité. Il faut dire que nous avions travaillé auparavant sur la liberté d'expression et que nous avions parlé à ce moment-là de Charlie Hebdo bien avant les derniers événements tragiques. L'éducation à la citoyenneté se fait tous les jours en classe, les réactions dont on a parlé dans la presse, je les ai eus à ce moment-là en classe, à froid, mais beaucoup étaient liés à des raccourcis et, en débattant, en prenant des exemples concrets, on arrive à passer au-delà des premiers a-prioris même si tout n'est pas toujours gagné...

Les plus petits avaient compris également beaucoup de choses mais il a tout de même fallu ré-expliquer certaines d'entre elles, comme la valeur de la liberté d'expression et le refus des amalgames. Au lieu de parler d'endoctrinement dès le plus jeune âge, je préfère parler de la chance d'être éduqué et d'avoir le choix. J'avais déjà prévu de travailler avec les plus grands sur des poèmes de résistants de la 2e guerre mondiale : "Liberté" d'Eluard (un hymne à la liberté contre l'oppression), "La rose et le réséda"(un appel à la tolérance) d'Aragon et "Strophes pour se souvenir" (souvenir de l'affiche rouge et du groupe Manoukian) d'Aragon également. J'y joindrai le slam que Grand corps malade a écrit en réaction à l'attentat de Charlie Hebdo. 

Moi, mon après aux attentats ? C'est tout faire pour qu'il n'y ait plus d'enfant perdu mais des enfants qui sachent réfléchir par eux-mêmes et qui résistent aux raccourcis faciles et à l'embrigadement.

Si, vous voulez des supports adaptés pour discuter un peu de ce qui est arrivé avec les 7-12 ans, le petit quotidien (un journal adapté aux enfants) propose en téléchargement gratuit plusieurs de ses numéros qui traitent de ce qui s'est passé ces derniers jours (c'est par ici). Astrapi a aussi fait un livret "L'attentat de Charlie hebdo qui aide à mettre des mots simples pour discuter du sujet avec vos enfants (à découvrir ici). 

Pour faire réfléchir les tout-petits à la notion de tolérance et l'idée de mieux vivre ensemble, il y a l'album Sophie la vache musicienne de Geoffroy de Pennart, l'histoire d'une vache virtuose qui après s'être faite refouler par des groupes musicaux de girafes,  de rhinocéros et même de vaches (parce qu'elle n'avait pas la bonne couleur de robe) crée son propre orchestre avec tous les animaux exclus pour leurs différences.

Si vous êtes arrivés jusque-là, merci de m'avoir lue. Le blog va doucement reprendre son cours normal et je vous prépare pour bientôt de nouveaux DIY. 




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14 commentaires

  1. Merci pour ce message d'espoir différent du tableau très noir peint par les médias (si on pouvait faire réfléchir ces journalistes qui cherchent le sensationnalisme à deux balles...) et pour avoir parler avec tes élèves. Certains profs ont peut-être tout simplement voulu éviter l'affrontement, ça peut se comprendre et c'est un peu dommage. Je pense que les avis très tranchés des élèves ou les refus de respecter la minute de silence sont tout simplement des actes de rébellions contre les adultes. Pas sûre qu'à leur âge ça m'aurait vraiment intéressé toutes ces histoires. Il faut aussi se remettre à leur niveau, il n'y a pas de gris, tout est blanc ou noir. C'est justement le rôle des adultes (parents et professeurs) de leur apprendre à développer leur sens critique et à donner des nuances à leur vision du monde.

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    1. Je suis d'accord avec toi. Il ne faut pas noircir le tableau, il y a eu bien sûr des réactions extrêmes mais cela reste le cas d'une minorité d'enfants. La plupart d'entre eux ont besoin de comprendre ce qui s'est passé, et l'école (associée aux parents) est là pour les y aider.

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  2. j'en ai aussi parlé avec mes élèves car je suis aussi enseignante en histoire. Je voudrais juste terminer par une anecdocte , à la fin du cours a semaine dernière : on parlait du polythéisme dans l'antiquité . un élève demande pourquoi maintenant on a plus de religions monothéistes qu'auparavant. et un autre élève lui répond " les dieux ont disparu parce qu'on n'a plus cru en eux alors ils sont morts" . Et on a discuté de cette phrase et rebondit sur Charlie ......Des fois, ils m'épatent....

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    1. Ils ont une approche du monde plus directe que la nôtre et c'est vrai que leurs propos parfois un peu naïfs sont criants de vérité !

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  3. Chez nous, en primaire, (milieu privilégié mais peu de culture, paradoxalement), les élèves ont été très bien. Cependant, ce qu'il en sort c'est qu'on a intérêt à travailler sur la valeur de la vie et sur la différence entre jeux vidéo et réalité. Parce que là, pour certains, y a du boulot !

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    1. C'est vrai que l'éducation à l'image n'est pas un luxe !

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  4. Je ne suis pas enseignante, juste maman de trois enfants et je vous remercie des pistes de réflexion et de lecture dont vous indiquez les liens et qui permettent un échange avec des mots adaptés à leur âge. Merci beaucoup.

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    1. C'est tout à fait normal, j'avais vraiment envie de partager ces supports que je trouve très bien faits. Je suis contente de voir que vous trouvez une utilité à mon article, je l'avais écrit dans ce sens.

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  5. Merci, merci pour ce message très positif et plein d'espoir. Je rejoins Ci-San quand elle parle des journalistes...c'est peut être eux qui devraient être éduqués et apprendre à faire le bon tri dans leurs informations au lieu de vouloir à tout prix faire du sensationnel pour vendre plus ou faire exploser l'audimat...
    et merci aussi,à tes élèves.

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    1. Il peut y avoir des dérives mais la majorité des enfants sont capables de réflexion, il faut dialoguer et parfois laisser mûrir leur réflexion. Mes élèves m'apprennent des choses tous les jours ;-)

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  6. Moi aussi je suis enseignante, dans un quartier très difficile, mais en primaire... Et malheureusement, ils n'ont pas eu le même recul devant la chose, certains déjà "endoctrinés" à 7 ans et ayant vu les images affreuses sur internet que même nous adulte n'avons pas vu. Ils baignent complètement dans un autre monde et parfois je me demande s'ils ont pas une face différente face à nous juste pour nous faire plaisir, car quand tu entends le "derrière", des fois, ça fait peur. L'intelligence et savoir penser par soi-même sont bien sûr les clefs, mais moi je me sens complètement démunie face à ça... Peut être qu'au collège c'est différent. Tant mieux..

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    1. A 7 ans, ils doivent beaucoup reproduire le discours des plus grands, c'est peut-être plus compliqué de les faire réfléchir sur leurs a-prioris. Maintenant, tout n'est pas parfait non plus, je ne suis pas naïve mais je voulais tout de même montrer que les ados étaient capables de réflexion et de remise en question de leurs opinions. Bon courage à toi, ton travail ne porte peut-être pas tout de suite ses fruits mais dis-toi qu'ils entendent quand même ce que tu as à dire et que, même si leurs réactions ne sont pas celles que tu attends, tu as déjà engagé la réflexion.

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  7. Réponses
    1. Merci ! J'ai un peu hésité à parler de moi "dans la vraie vie". C'est toujours un peu compliqué quand on veut rester un peu anonyme mais je voulais montrer que les enfants n'ont pas eu que des réactions négatives (et je suis cette année dans un établissement assez mixte que ce soit d'un point de vue social, culturel ou religieux !).

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